Une aventure artistique à suivre…
L’Addition théâtre entame sa deuxième année de résidence au Théâtre.
Originaire des Pays de la Loire, la compagnie se caractérise par une direction à trois têtes composée du metteur en scène François Chevallier, du comédien Christophe Gravouil et de la scénographe Anne Pitard et par leur travail spécifique autour du théâtre contemporain.
La compagnie intervient dans divers établissements du département, anime les Ateliers du Théâtre-école et des stages de pratique théâtrale destinés aux amateurs. On a pu découvrir plusieurs de ses spectacles la saison dernière, comme Une heure avant la mort de mon frère, Le chemin des passes dangereuses au Théâtre, ou Mickey la Torche à Villeneuve-sur-Yonne qui sera joué au Théâtre cette saison.
 Résidence de création « C’est le stade où les comédiens travaillent à la fabrication de leur personnage, la voix, la posture, la motivation à parler… » Dans la Grande salle du Théâtre, du 07 au 25 septembre, l’Addition Théâtre prépare sa prochaine création, Nature morte dans un fossé, qui sera jouée au théâtre les 25 et 26 février 2010.
Entretien avec Anne Pitard scénographe et co-directrice de l'Addition Théâtre
Scénographe est un métier assez récent au théâtre, en quoi consiste-t-il ? Quelle est la différence entre un scénographe et un décorateur ? La scénographie a toujours plus ou moins existé, c’est plutôt l’appellation qui est assez récente, qui date du début du XX ème siècle. Avant on employait plutôt le terme de « décorateur ». On pourrait dire que le travail du décorateur est plus dans un rapport à l’esthétique, alors que le travail du scénographe recouvre quelque chose de plus large ; l’esthétique viendra en dernier. Dans les termes, la « scénographie », c’est envisager le « dessin de la scène », dans son rapport à la mise en scène et au jeu, mais aussi et c’est essentiel, par rapport à l’espace du public. C’est-à-dire que l’on s’interroge sur l’espace scénique mais aussi sur le lieu théâtral, c’est-à-dire l’endroit dans lequel on va jouer et le rapport qui s’établit avec le public selon la nature de cet endroit. A partir de la mise en scène et du jeu, on va voir comment l’agencement de l’espace a un impact par rapport au corps des comédiens. Avant, il s’agissait surtout de « décoration », maintenant la réflexion porte sur des notions de « dimensions », d’ « axes » et de « points de vue ». On travaille sur l’orientation du regard en s’interrogeant sur quels points de vues, successifs, on va donner au spectateur.
Quelles sont les étapes de travail ? Quand intervenez-vous par rapport à la mise en scène et au jeu des comédiens ? Dans le cadre de l’Addition théâtre, très tôt. Dès le départ. On choisit les textes ensemble, à trois. Christophe Gravouil et François Chevallier amènent les textes et je donne ma vision par rapport aux univers que le texte m’évoque. Puis, on imagine à trois l’espace dans lequel ça peut évoluer. J’amène le dessin comme support, pour que l’on trouve un langage commun, à partir du dessin comme application concrète de ce qui se passe dans nos têtes. Ça nous permet souvent de nous rendre compte que l’on n’avait pas imaginé les choses au même endroit… On essaye aussi de travailler très en amont avec les comédiens, pour voir sur le plateau, avec les comédiens avant de décider du décor. En fonction du lieu dans lequel on joue, on va « laisser le plateau parler ».
Comment procédez-vous pour Nature morte dans un fossé ? Sur Nature morte dans un fossé c’est encore plus important. Le texte raconte une histoire un peu comme dans un roman. Les espaces sont décrits, racontés dans le texte, donc on ne va pas les re-raconter de la même manière. On ne veut pas enfermer le sens dans des espaces que l’on va faire exister. On travaille vraiment à partir des situations de jeu, sur les rapports de pouvoir d’un personnage sur un autre. Pour l’instant on travaille un espace assez libre, ce qui ne veut pas dire un décor nu, mais en évitant trop de contraintes spatiales pour les comédiens. C’est à partir du rapport qui s’établit dans le jeu entre eux que vont être déterminées les places fortes sur le plateau, pour l’individu et pour le groupe. Et mon travail est alors de suivre ce qui s’est passé, ou au contraire de chercher le contre-point, pour faire entendre le texte, pour appuyer le sens par son contraire, sans pour autant le contredire… Puis, chercher une « affirmation esthétique », pas dans le sens du « beau », mais dans la recherche de matières et le choix des matériaux… après j’interviens de manière plus concrète par rapport à la forme et je fais des propositions d’éléments, puis on réfléchit à comment éclairer tout ça.
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